Mais ces allures de leçons de travaux manuels sont trompeuses. Ces bricoleurs geek venus de toute la Suisse romande travaillent à une technologie en plein boom: l'impression tridimensionnelle.
Le Graal des geeks
Après trois jours de montage, tous et toutes repartiront avec leur imprimante 3D sous le bras. Le Graal se nomme Ultimaker: un cube de 40 cm de côté qui ne paie pas de mine, rempli de courroies, d'axes, de moteurs et d'une buse semblable à un pistolet à colle.
Connectée à un ordinateur, la machine est pourtant capable de lire un plan tridimensionnel et de matérialiser, par couches de plastique superposées, un objet en trois dimensions. Les possibilités sont illimitées: objets du quotidien, bibelots et prototype divers, même l'industrie aéronautique recourt à cette technologie pour fabriquer certaines pièces.
Cybercafé 2.0
A Neuchâtel, en fin de matinée les plus avancés ont terminé l’assemblage de leur imprimante. Ils testent pour la première fois leurs machines leur machine, qui émet une douce stridulation, à la fois aiguës et feutrées, à mesure que l'objet prend forme.
Il faut une vingtaine de minutes pour terminer un petit robot en plastique. Gaëtan Bussy, le responsable de l’atelier, photographie cette première création. Chercheur à la haute école ARC, il est le cofondateur du Fablab de Neuchâtel, cybercafé version 2010 où l’on se rend non pas pour surfer sur le Web, mais pour imprimer en 3D.
«Avec cette technologie, les gens auront chez eux de petites usines, qui leur permettront par exemple de fabriquer des pièces de rechange pour réparer leurs objets, explique le chercheur. C’est une belle revanche sur l’obsolescence programmée».
Vélos futuristes et casse-tête mathématique
Dans les deux salles de cours, les bricoleurs ont des profils et des projets très divers. Dario Ciani, ingénieur en microtechnique, fabrique à Neuchâtel sa première imprimante 3D. Concepteur de vélos futuristes, il compte utiliser sa nouvelle machine pour créer des prototypes de suspensions et de phares. «Et puis mes enfants vont rapidement apprendre à s’en servir pour fabriquer des pièces pour leurs jeux de construction», se réjouit-il.
«C’est le futur de notre métier», commente pour sa part Rémy Giglio. Orthopédiste à Carouge, il utilisera son imprimante 3D pour fabriquer des pièces complexes et sur-mesure, comme par exemple l’articulation d’un poignet ou des appareillages pédiatriques qui doivent souvent être adaptés à la croissance de l’enfant. Christian Blanvillain, mathématicien et informaticien, se réjouit quant à lui de fabriquer des puzzles en trois dimensions, à la fois casse-tête ludiques et outils de vulgarisation mathématique. Les plans seront mis à disposition sur le Net.
Mais tous n’ont pas encore une idée aussi précise de ce qu’ils entendent réaliser avec leur imprimante 3D. «C’est surtout un moyen d’expression qui m’interpelle, commente Patrick Lachat, créateur genevois. Cette téléportation de la matière a un côté cosmique».
En voie de démocratisation
L’impression 3D connaît un vrai boom, comme en témoigne cet atelier. «A l’origine, nous comptions accueillir et accompagner 5 personnes dans les locaux du Fablab, confie Gaëtan Bussy. Nous avons changé d’emplacement pour en accueillir le double et avons dû refuser du monde». L’expérience, positive, sera reconduite. Parallèlement, le prix des imprimantes 3D ne cesse de baisser. Pour leur Ultimaker à monter eux-mêmes, les participants de l’atelier ont chacun déboursé 2100 francs.
«L’outil se démocratise, se réjouit Gaëtan Bussy. Des gens avec des profils très différents s’approprient cette technologie et créent une communauté créative et solidaire. C’est vraiment réjouissant».
L’imprimante 3D trônera-t-elle dans chaque foyer d’ici 5 à 10 ans? Avant de devenir grand public, elle devra toutefois devenir plus simple à utiliser, tout comme les logiciels de modélisation 3D.
En attendant, il souffle parmi les pionniers de l’impression tridimensionnelle un esprit de partage et de créativité qui rappelle les débuts de l’informatique, quand des geeks californiens soudaient des microprocesseurs dans leurs garages.
Comme quoi, les révolutions technologiques ne se passent pas forcément par les laboratoires high-tech, et les budgets de recherche pharaoniques.
(Newsnet)
Créé: 10.05.2013, 08h26
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