Pour faire entendre sa voix et celles de milliers d’internautes, Max Schrems a fondé l’association «Europe vs Facebook». Après une première passe d’armes arbitrée par les autorités irlandaises de protection des données, Facebook possède son siège international à Dublin, l’étudiant en droit envisage de se retourner contre le préposé irlandais, qu’il accuse de laxisme total.
L’homme qui fait trembler Mark Zuckerberg était de passage à Lausanne jeudi dernier dans le cadre d’une journée de conférences organisée par Privatim, l’association des commissaires suisses à la protection des données. Rencontre.
Le Matin - Un milliard de personnes utilisent Facebook et sont satisfaites. Qu’est-ce qui vous dérange tellement?
Max Schrems - Il faut être réaliste: Facebook abuse de sa position de monopole parmi les réseaux sociaux. Recouper mes données personnelles pour affiner les publicités qui s’affichent en ligne ne me dérange guère. Mais Facebook doit-il vraiment garder toutes les informations depuis mon inscription, y compris celles que j’ai effacées? La réponse est non. L’utilisateur doit pouvoir contrôler comment le réseau social gère les données personnelles qu’il lui confie.
C’est la règle du jeu, non? L’utilisateur «paye» un service gratuit avec son pesant de données personnelles.
C’est une hérésie de dire cela. Facebook est une page blanche que les internautes remplissent gratuitement. Or, ce sont ces contenus (commentaires, photos, vidéos, liens, etc.) qui génèrent une audience massive qui permettent à FB de vendre des publicités.
Le réseau profite doublement lorsqu’en plus il profile ses utilisateurs sur la base de leurs informations personnelles afin de cibler les publicités et d'en augmenter le prix.
En 2011, vous avez dénoncé FB aux autorités irlandaises de protection des données pour 22 infractions en regard du droit européen. 2 ans plus tard, où en est-on?
Le préposé irlandais à la protection des données a pondu un rapport extrêmement léger. Il évite toute décision formelle ou contraignante à l’encontre de Facebook, et se contente d’expliquer gentiment au réseau social comment mieux se comporter.
Lorsque vous garez mal votre voiture, vous êtes punis et recevez une amende. La police ne vous fait pas une leçon gratuite sur les règles du «bien parquer». C’est exactement ce qui se passe avec la protection des données en ce moment.
Vous avez perdu la partie alors?
Aujourd’hui, l’Irlande refuse de faire appliquer un droit européen de protection des données, ce qui a une influence sur des millions de citoyens, y compris en Suisse. Nous préparons une plainte contre le préposé irlandais à la protection des données. Mais la procédure est longue et financièrement risquée. Si nous perdons, le juge peut me contraindre à payer de millions de francs pour les frais de justice et les frais d’avocats de Facebook. C’est pourquoi notre association collecte des fonds avant de se lancer dans la bataille.
Qu’est-ce qui changera pour l'utilisateur si «Europe vs Facebook» devait l’emporter?
Il a déjà pu voir des changements depuis notre action. Depuis que nous avons dénoncé la conservation des fichiers supprimés, Facebook a renommé la fonction «effacer» en «cacher». La reconnaissance faciale a été suspendue et l’option de téléchargement des données personnelles de chaque utilisateur a été améliorée. Les règles de confidentialité ont été revues deux fois suite à nos plaintes. Il y a eu du progrès, mais 90% du chemin doit encore être fait.
Notre victoire serait aussi un signe aussi à l’ensemble la branche IT aux Etats-Unis, qui se moque ouvertement des lois européennes. Nos autorités ne comprennent pas que pour les entreprises américaines, la loi est un facteur économique comme un autre. J’ai étudié le droit dans la Silicon Valley, et nous avons été drillés à calculer qu’est-ce qui coûte plus cher: respecter la loi et l’enfreindre et payer des amendes? C’est le scénario le meilleur marché qui l’emporte.
Et en l’état, Facebook et les autres préfèrent prendre le risque de payer des amendes plutôt que de respecter la loi.
(Newsnet)
Créé: 01.05.2013, 11h48
0 comments:
Post a Comment