Tuesday, April 2, 2013

La face sombre de Kickstarter

Tout n’est pas rose sur le principal le site de financement collaboratif. Les projets prennent souvent des mois de retard, quand ils ne virent pas tout bonnement à l’arnaque. Le site Kickstarter est parmi les plus en vue du moment. Rendez-vous incontournable du Web créatif, il a distribué l’an dernier 274 millions de dollars entre plus de 18'000 projets, comme par exemple des disques, un satellite, une montre intelligente ou des BD. Si le concept vise à mettre en lien les internautes et les start-up afin d’éviter aux entrepreneurs les lourdeurs d’un investissement traditionnel, la démarche réserve parfois de mauvaises surprises aux internautes.

Le financement d’un projet ne garantit pas obligatoirement sa concrétisation. Et en cas d’échec, l’argent investit ne retourne pas forcément aux donateurs. «Si les créateurs ne parviennent pas à réaliser leur projet, ils doivent trouver une solution, écrit Kickstarter, volontairement vague, dans ses conditions d’utilisation. Ils peuvent par exemple proposer des remboursements, détailler précisément comment ils ont utilisé les fonds, ou proposer toute autre mesure susceptible de satisfaire leurs donateurs.» La plate-forme est plutôt transparente sur son activité, mais elle se garde bien de communiquer les statistiques sur ce point.

Si Kickstarter encourage fortement les créateurs à concrétiser les projets financés, ils n'y sont pas formellement obligés par le règlement interne du site. Et de laisser le soin aux internautes qui se sentiraient lésés de porter plainte.

Projets enlisés

Rien n'oblige les créateurs à se montrer généreux envers ceux qui les ont soutenus. Un internaute Genevois en a fait l’expérience. Comme 1783 autres internautes, il a flashé sur le prototype de porte-monnaie électronique Geode de l’entreprise iCache. En échange de leur soutien financier, les donateurs devaient recevoir à l’été 2012 le fameux gadget.

Certains attendent toujours et risquent bien de ne jamais en voir la couleur. Car depuis, le directeur d’iCache s’est volatilisé dans la nature et le site de l’entreprise ne répond plus aux mails. «J’ai payé 175 dollars et je n’ai toujours rien reçu, explique Vincent. La société faisait souvent des mises à jour en parlant de retards normaux et rassurait les personnes qui avaient payé». Les habitués de Kickstarter connaissent bien le procédé.

Le casse-tête du remboursement

Aujourd’hui, le Genevois se bat pour être remboursé. Et c’est un véritable casse-tête. Kickstarter, qui empoche 5% sur chaque transaction, refuse de dédommager qui que ce soit. «Nous ne procédons à aucun remboursement, car la transaction est conclue entre les donateurs et les créateurs», se dédouane la plate-forme dans ses conditions d’utilisation.

Les chances de remboursement ne sont pas plus grandes du côté des instituts financiers et des services qui ont servi d’outil à la transaction. La contestation du débit doit généralement intervenir dans les 30 jours après la date de facturation. Ce délai forcément dépassé sur Kickstarter, vu que l’internaute paye pour un projet qui doit voir le jour des mois plus tard. «Si Amazon ou les banques refusent de rembourser une campagne Kickstarter frauduleuse sous prétexte que les paiements sont plus vieux que 30 jours, alors Kickstarter est le meilleur moyen de voler les gens en les faisant attendre suffisamment longtemps, puis en prenant la fuite avec l’argent», écrit Vincent sur le groupe Facebook des déçus d’iCache.

Se tromper sur la marchandise

Tout n’est pas rose au pays de Kickstarter, loin s’en faut. Mais ces ratés ne doivent pas décrédibiliser les projets qui n’auraient jamais vu le jour sans la plate-forme. Si le site favorise l’investissement et accélère la germination des idées, il n’efface pas tous les risques et les aléas accompagnant la création de nouveaux produits.

Kickstarter n’est pas un site de vente comme les autres, où l’internaute ferait du shopping à retardement. Soutenir avec succès un projet ne garantit pas qu’il sera livré un jour. Pour éviter que les donateurs ne se sentent floués, la plate-forme ferait bien de rappeler ces principes, plutôt que de les cacher au fond de ses conditions d’utilisation. (Newsnet)

Créé: 03.04.2013, 06h48

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