Thursday, February 7, 2013

L’industrie porno est à la pointe de l’innovation

Lutte contre le piratage, adoption de nouvelles technologies: le monde du porno préfère accompagner les changements plutôt que les combattre. Rencontre avec Kate Darling, jeune chercheuse américano-suisse. Protection du droit d’auteur, lutte contre le piratage et promotion de nouvelles technologies: dans le secteur du divertissement, c’est l’industrie pornographique qui se situe souvent à la pointe de l’innovation. Et les grands studios hollywoodiens feraient bien de s’en inspirer.

Kate Darling, chercheuse au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et à l’EPFZ, étudie le cas de l’industrie du divertissement adulte dans le cadre de ses recherches sur le droit d’auteur. Elle présentait une partie de ses travaux ce jeudi à Genève dans le cadre de la conférence Lift.

24heures – L’industrie pornographique semble être la victime numéro une du piratage sur internet, et pourtant elle survit. Comment est-ce possible?
Kate Darling – De tout temps, le secteur adulte a dû contourner les difficultés qu’on lui imposait. Il n’a jamais bénéficié de la même acceptation sociale ni du même soutien politique que les autres secteurs du divertissement. Mais la flexibilité et les facultés d’adaptation du monde du porno lui ont permis de rester florissant et de trouver des opportunités, notamment grâce à la technologie.

Par exemple?
L’industrie du X et le monde de l’innovation technologique entretiennent depuis longtemps des liens étroits. Le porno n’est pas étranger à la démocratisation du livre de poche, puis de la cassette vidéo VHS. On peut dire qu’il est solidaire de l’apparition de presque chaque nouveau média: télévision câblée, vidéo à la demande, streaming HD. La demande pour la pornographie est si importante, que le secteur joue forcément un rôle dans les décisions que prennent les géants de l’électronique concernant un nouveau format, un nouveau standard, etc.

L’industrie du X fait-elle aussi preuve d’innovation dans le domaine du copyright?
Le porno a été touché de plein fouet par le piratage, mais le milieu n’a pas la puissance des studios hollywoodiens ou des grandes maisons de disque pour riposter. Plutôt que d’exiger un durcissement de la loi et une approche répressive, le milieu s’adapte. Par exemple en vendant des contenus ou des produits qui ne dépendent pas du copyright. On assiste à une explosion des offres «live», avec des «chat» et des shows personnalisés via internet. Vous ne pouvez pas pirater une interaction en direct ni voler une expérience.

Un chemin à suivre pour l’industrie du divertissement «mainstream»?
Le changement est déjà à l’œuvre dans la scène musicale indépendante, où les artistes cherchent la proximité avec leurs fans, font plus de concerts, vendent au final des expériences. Seuls les grands acteurs de l’industrie du divertissement font de la résistance et combattent le changement plutôt de s’y adapter.

Comment voyez-vous le futur du divertissement adulte?
A mon avis, le secteur continuera de vendre des services, des expériences et de l’interactivité. Il s’intéressera toujours aux nouvelles technologies pour y adapter son offre. Deux grands groupes pornographies ont d’ailleurs été parmi les premiers à se mettre sur les rangs pour obtenir les versions développeur des fameuses lunettes à réalité augmentée de Google.

(Newsnet)

Créé: 08.02.2013, 07h36

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