Jeudi dernier Free a introduit par défaut le blocage des publicités à l’occasion de la mise à jour de sa Freebox. L’AdGate (scandale de la pub) était né. Seule une manipulation dans les réglages du routeur permettait d’afficher les annonces.
Face à la mobilisation des sites gratuits qui financent leurs contenus par la pub, et suite au rappel à l’ordre du gouvernement lundi, Free a rétabli lundi l’affichage de la pub. La ministre de l’Economie numérique, Fleur Pellerin, a déclaré que la manière de procéder de l'opérateur «n’était pas acceptable». Et de préciser que ce blocage n’était pas compatible avec sa vision d’un internet libre et ouvert où l’internaute reste maître à bord.
Faisable en Suisse
Swisscom (SCMN 406.3 0.74%) le confirme: en Suisse aussi, un filtrage des publicités en amont est techniquement réalisable. «Mais la mise en œuvre de cette fonction serait coûteuse et la situation juridique est peu claire», précise Carsten Roetz, porte-parole de l’opérateur. En l’état, aucun plan n’est à l’étude pour offrir ce service aux clients.
Un Web expurgé de publicité est-il une libération ou un autogoal pour l’internaute? S’il est facile d’éviter les pop-ups, il est plus délicat de brider les annonces intégrées dans les pages. Alors si votre opérateur propose ce service, pourquoi s’en priver?
La fausse bonne idée?
Pour la Fédération romande des consommateurs (FRC), ce débat tord le cou au mythe de la gratuité sur internet. «C’est la publicité qui finance les conditions de la gratuité», rappelle Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. Et cette publicité est payée par le consommateur, vu que les frais de marketing sont répercutés sur les prix des produits.
La décision unilatérale de l’opérateur chiffonne toutefois la FRC, dans la mesure où elle risquait, à terme, de mettre en péril la création de contenu sur des sites ayant décidé de se financer par la publicité.
La porte ouverte aux dérives
Alexis Roussel, vice-président du Parti pirate suisse condamne sans condition le blocage exercé par Free: «On peut ne pas aimer la publicité, mais filtrer des annonces équivaut pour un opérateur à filtrer un contenu, avec l’établissement de listes noires, etc. C’est la porte ouverte à la censure d’autres contenus».
C’est carrément la neutralité d’internet qui est en jeu lorsqu’un internaute ne voit pas sur son écran ce que l’éditeur d’un site a voulu afficher. «Free a créé un grave précédent, estime Alexis Roussel. C’est à l’individu de choisir s’il veut filtrer des contenus ou de la publicité. En aucun cas cette décision ne devrait revenir à l’opérateur ou à un tiers».
Pour l’instant, la publicité est la source de revenus qui permet d’assurer l’accès gratuit à certains contenus numériques. Sans remise en question de ce modèle, elle est aussi la garantie que le flicage des internautes et la collecte de leurs informations personnelles se poursuivra, afin de pouvoir cibler toujours plus les annonces. «Le prix à payer», diront les uns. «Un chèque en blanc», répondront les autres, face à la perspective peu réjouissante que leurs informations tombent un jour dans de mauvaises mains. (Newsnet)
Créé: 07.01.2013, 16h40
0 comments:
Post a Comment