Six coups de feu
Le premier n’a tiré qu’un coup avant de rendre l’âme. Le second, s’inspirant du fusil d’assaut américain AR-15, s’est montré plus endurant puisqu’il a fait feu six fois avant de tomber en morceaux. «Nous savions que cela casserait probablement, a réagi Cody Wilson, un étudiant texan et père du projet. Mais nous ne pensions pas que cela serait le cas après six cartouches, nous pensions plutôt vingt.»
Pour le moment, c’est seulement une partie de l’arme qui est réalisée grâce à une imprimante 3D, soit la carcasse, le reste étant «bricolé» avec des pièces de métal et de plastique. Aux Etats-Unis, la législation considère que c’est cette partie imprimée – comprenant la poignée, le mécanisme de détente et l’emplacement pour le magasin – qui est l’élément essentiel de l’arme. Et c’est pour cela que le numéro qui l’identifie y est gravé.
La démarche de Cody Wilson et de son association Wiki Weapon Project ne va donc pas sans susciter quelques remous outre-Atlantique. Grâce à leur procédé, plus besoin d’une autorisation pour obtenir une arme. Et sur son site Internet, l’étudiant le revendique clairement. «Ce projet pourrait changer la manière dont nous envisageons le contrôle des armes et la consommation, affirme le jeune Américain. Comment les gouvernements vont-ils se comporter s’ils doivent agir en sachant que chaque citoyen aura un accès immédiat à une arme grâce à Internet?»
De quoi crisper plus d’un défenseur du contrôle des armes. Même l’entreprise qui louait une des imprimantes 3D à Wiki Weapon Project la leur a retiré, invoquant le «undetectable firearms act» qui interdit les armes en plastique (elles peuvent échapper aux scanners des aéroports). Le Texan ne désespère pas pour autant. Il compte bien développer des plans pour fabriquer une arme à feu entièrement grâce à une imprimante 3D, pour pouvoir ensuite les diffuser en libre accès sur Internet.
La polémique tombe à un moment où les imprimantes 3D connaissent un succès grandissant, notamment en raison d’un prix de plus en plus raisonnable. On en trouve aujourd’hui à partir de 600 francs. Pour un modèle de bonne qualité, il faut compter au moins 1200 francs. Selon certains, l’imprimante 3D va conduire à une révolution identique à celle qu’avait provoquée l’invention de la machine à vapeur.
«Une petite révolution»
«C’est beaucoup dire, réagit Dominique Vinck, sociologue des sciences et de l’innovation et professeur à l’Université de Lausanne. Mais il y a des changements majeurs en cours dans l’industrie, surtout dans les processus de conception où ces outils offrent la possibilité de faire du prototype rapide.» Luc Dayer, directeur de d3D Print, une société spécialisée dans l’impression 3D à Cugy (VD), estime qu’il s’agit d’une petite révolution industrielle «puisqu’un appareil mobile permet de créer toutes les pièces dont on a besoin. Cela pourrait changer le travail des réparateurs, qui n’auront qu’à fabriquer une réplique de la pièce défectueuse sur le lieu du dépannage et la remplacer immédiatement.»
Les deux spécialistes soulignent tout de même que si les progrès dans le domaine sont très importants, certains procédés industriels, comme la forge, seront difficilement remplaçables. S’imprimer un avion pour vite partir au soleil, ce n’est pas pour demain! (Le Matin)
Créé: 05.12.2012, 07h22
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